Mise en place d’Infrastructures Agroécologiques Approche Top down

Les infrastructures agroécologiques sont définies comme des milieux semi-naturels qui ne reçoivent ni engrais, ni pesticides4. Ce sont des milieux très divers : allant des prairies extensives aux haies composites en passant par les bandes fleuries et enherbées pour les plus étudiés.

La mise en place d'IAE revêt différents rôles fonctionnels pour les auxiliaires :

fourniture de nectar et pollen : les adultes parasitoïdes, les syrphes et d'autres prédateurs ont besoin de cette ressource pour atteindre la maturité sexuelle et donc se reproduire. L'IAE permet de contribuer et d'améliorer directement la fitness des ennemis naturels concernés,
fourniture de proies/hôtes de substitution,
abris : l'IAE peut être un site d'hivernation mais aussi de refuge lors des travaux ou traitement sur la parcelle.

90 % des auxiliaires des cultures ne peuvent pas accomplir l'ensemble de leur cycle sans ces habitats supplémentaires et ont besoin de sortir de la culture pour boucler leur cycle contre seulement 50 % des ravageurs (Keller et Häni 2000). Les IAE permettent d'accroitre la biodiversité fonctionnelle et donc potentiellement la régulation des ravageurs5.

Les paramètres à prendre en compte pour la régulation Top down sont la diversité et la qualité des habitats et l'aménagement spatio-temporel des différentes infrastructures.

Haie

Quelques règles à respecter pour implanter une haie fonctionnelle :

  • Une largeur minimale de 3 m,
  • Un mélange d'espèce botanique afin d'augmenter le nombre d'espèces phytophages présentes et donc le nombre d'auxiliaires entomophages liés. Concernant l'objectif de l'abri, la combinaison d'essences à feuilles caduques (litière pour les arthropodes et petits animaux du sol) et persistantes (refuge de la faune l'hiver), de résineux et d'épineux permet de remplir cet objectif.6 De plus, les différentes strates permettent de multiplier les micro-climats et les ressources alimentaires et donc les niches écologiques. L'autre objectif de la mise en place de haies est de fournir du nectar et du pollen de manière continue. Voici un exemple de combinaison d'essences permettant de maintenir ce continuum grâce à l'étalement des floraisons : noisetier (janvier et février) → saule (mars) → prunier sauvage (de mars à mai) → aubépine (mai) → mûrier (de mai à août) → lierre (d'août à octobre).7
  • Les haies doivent être reliées entre elles et former ainsi un réseau, un maillage à l'échelle du paysage afin de créer des réservoirs de biodiversité et des corridors de circulation.
  • 150 m maximum entre la haie et le milieu de la parcelle pour maximiser l'effet bordure.

Ci-dessous, un exemple d'essences pour constituer une haie. Le choix des essences est à adapter en fonction de son environnement (climat, sol, etc.), des cultures en place (annuelle ou pérenne, etc.) et du but recherché (améliorer la pollinisation et/ou la régulation biologique).

Haies Noms
communs
Noms
scientifique
Intérêt Auxiliaires favorisés
Strate arborée Micocoulier Seltis australis Site d'hivernation, hôtes alternatifs Araignées, hyménoptères
Aulne glutineux Alnus glutinosa Hôtes alternatifs Aphidiphages
Aulne à feuille en cœur Alnus cordata Zone de refuge, site d'hivernation,  hôtes alternatifs en été Araignées, hyménoptères parasitoïdes
Erable champêtre Acer campestre Site d'hivernation, hôtes alternatifs (pucerons en avril) Chrysopes, coccinelles, staphylins, cantharides
Tilleul Tilia platyphyllia Hôtes alternatifs (pucerons) Aphidiphages
Strate arbustive Noisetier Corylus avellana Hôtes alternatifs au printemps (pucerons), source de nourriture en janvier février Aphidiphages, prédateurs précoces
Frêne Fraxinus sp Hôtes alternatifs, site d'hivernation Coccinelles, Microhyménoptères parasitoïdes
Charme Carpinus betelus Hôtes alternatifs, site d'hivernation (feuillage marescent) Araignées, aphidiphages, parasitoïdes
Saule blanc Salix alba Floraison précoce, site d'hivernation Coccinelles, cantharides, chrysopes
Bourrage Lierre Hedera helix Hôtes alternatifs, site d'hivernation, source de nourriture en automne Aphidiphage, araignées, staphylins, cantharides
Cornouiller sanguin Cornus sanguinea Hôtes alternatifs (puceron Anoecia corni), site d'hivernation Aphidiphage, micro hyménoptères, parasitoïdes, araignées
Sureau noir Samnucus nigra Hôtes alternatifs (puceron Aphis sambuci) Aphidiphages, araignées
Paliure Paliurus australis Hôtes alternatifs (pucerons) Aphidiphages

 

Bandes fleuries

L'implantation de bandes fleuries représente actuellement un réel investissement, les semences coûtent entre 50 et 150 €/kg. Les mélanges commerciaux ont une durée de vie de 4 à 6 ans. Les bandes fleuries permettent de connecter deux infrastructures existantes entre elles et d'enrichir le milieu en ressources alimentaires pour les larves et adultes entomophages (ie parasitoïde). La diversité floristique est essentielle afin de multiplier les ressources pour les auxiliaires.

L'OILB recommande d'implanter les bandes fleuries sur des zones où la pression en adventices est faible au printemps plutôt qu'à l'automne. Les mélanges semés au printemps s'établissent plus vite et il y a moins de concurrence avec les mauvaises herbes. Les bandes doivent faire au minimum 2 m. Le semoir doit être adapté aux petites graines de façon à prêter attention à l'homogénéité du semis en évitant la séparation des graines. La densité de semis varie entre 2 et 10 gr/m2 et la profondeur de semis préconisée est de 0,5 cm.8 En cas de conditions sèches, il est utile de rouler et d'irriguer après le semis afin de sécuriser la levée.

La composition des mélanges est à adapter en fonction des conditions pédoclimatiques, des cultures à proximité et des objectifs de régulation. Voici, un exemple de bandes mixtes (enherbées et fleuries) proposé par Julien Pezet dans son mémoire de fin d'étude au sein de Solagro en 2006. Cet exemple a été conçu pour la gestion de ravageurs (pucerons du blé, puceron vert du prunier, du zabre, de la mouche grise et des limaces) dans une rotation blé tournesol en Midi-Pyrénées.9

Bandes mixtes

Nom commun

Nom Scientifique

Intérêt

Auxiliaires favorisés

Graminées

Dactyle pelotonné

Dactylis glomerata

Site d'hivernation (Touffe)

Carabes, staphylins araignées

Houlque laineuse

Holcus lanatus

Site d'hivernation (Touffe)

Carabes, staphylins araignées

Ray gras

Lolium perenne

Site d'hivernation (Touffe)

Carabes, staphylins araignées

Agrostis stolonifère

Agrostis stolonifera

Site d'hivernation (Touffe)

Araignées

Fétuque des prés

Festuca pratensis

Site d'hivernation (Touffe)

Carabes, staphylins araignées

Phléole des prés

Phleum pratense

Site d'hivernation (Touffe)

Carabes, staphylins araignées

Brachypode des bois

Brachypodium sylvaticum

Supporte les zones d'ombre en bordure de haies

Carabes, staphylins araignées

Pâturin des bois

Poa nemoralis

Supporte les zones d'ombre en bordure de haies

Carabes, staphylins araignées

Légumi-neuses

Trèfle 

Trifolium spp.

Site d'hivernation

Araignées

Violette

Viola spp.

Site d'hivernation

Araignées

Messicoles

Achillée millefeuille

Achillea millefolium

Source de nectar, proie alternative, site d'hivernation

Adultes floricoles

Carotte sauvage

Daucus carota

Source de nectar, site d'hivernation

Adultes floricoles

Bouton d'or

Ranunculus acris

Source de nourriture

Adultes floricoles

Lotier corniculé

Lotus corniculatus

Source de nourriture

Adultes floricoles

Consoude officinale

Symphytum officinale

Site d'hivernation (tige creuse)

Araignées, Parasitoïdes

Tableau 2 : Exemple de mélanges pour bandes mixtes

Bandes enherbées

Elles peuvent se positionner au bord de la parcelle ou au centre. Quand elles sont en bord de parcelle, elles font office de refuge pour les carabes, araignées et staphylins. Les « bettle bank » sont des bandes enherbées au milieu des parcelles de grandes cultures. Ces bandes mesurent 2 m de large et sont principalement semées de graminées sur billons. Cette pratique est répandue en Grande-Bretagne. Ces bandes visent à permettre aux auxiliaires des cultures d'hiverner au milieu de la parcelle. Les carabes, notamment, qui ne se déplacent que sur une longueur de 250 m, peuvent ainsi agir sur les prédateurs des cultures plus rapidement car ils sont déjà présents dans la parcelle.10

Zones fréquemment inondées

Fétuque élevée, fétuque des prés, fléole, trèfle hybride

Sols séchant

Dactyle, fétuque élevée, lotier

Sols sableux superficiels

Fétuque rouge

Sols profonds

Ray-Grass anglais

Tableau 3 : Espèces conseillées par Arvali11

[4] SOLAGRO, 2009. Les infrastructures agro-écologiques. http://temis.documentation.developpement-durable.gouv.fr/documents/Temis/0077/Temis-0077529/20571.pdf
[5] Boller E F, Häni F & Poehling H M, 2004. Ecological Infrastructures : Ideabook on Functional Biodiversity at the Farm Level. IOBC-OILB. 212pp.
[6] Ricard JM, Garcin A, Jay M & Mandrin JF, 2012. Biodiversité et régulation des ravageurs en arboriculture fruitière. 472pp. CITFL
[7] Arbre et paysage 32. La haie champêtre en Gascogne. http://www.arbre-et-paysage32.com/pdf/page02/livret_haie_champ_gasc.pdf
[8] Laur  M & Lambion  J, 2012. Dossier spécial bandes florales. 2pp. GRAB.
[9] CASDAR MUSCARI : Mélanges Botaniques Utiles aux Systèmes de Cultures et Auxiliaires permettant une Réduction des Insecticides. Projet de recherche porté par le GRAB de janvier 2015 à décembre 2018.
[10] Hall C S. Technical note: grass margins and beetle bank, 2pp.
[11] ARVALIS, 2014. Réussir l'implantation et l'entretien d'une bande enherbée.
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